Début de quelque chose ou de rien, on verra bien =)

Au coin de la rue, des visages se reconnaissent, disent bonjour ça va, et retournent chez eux, dans la vie qu’ils ont toujours connu. La cohue est si dense qu’on parvient à grand peine à reconnaître un ami, ou une connaissance avec qui l’on voudrait rester un peu plus longtemps. Le bruit domine cette foule effervescente, pourtant je n’entends aucun murmure, aucune exclamation, pas même une petite tape affectueuse sur l’épaule, pas même un geste violent. Je ne vois que leur bouche s’ouvrir et se fermer dans une synchronisation parfaite, dans une chorégraphie que mes sens à eux seuls créent. Je ne suis pas atteinte de surdité, mais mon cerveau et surtout mon cœur me protègent mécaniquement de l’extérieur, du monde et des autres, m’enfermant dans une bulle ou plus férocement dans une cage dont seule je reconnais les contours. Devant la porte d’entrée, j’inspire un petit coup. Puis je sors la clé de ma poche et entre comme une souris, retire délicatement les ballerines rouges de mes pieds et pose enfin mon sac trop lourd sur une chaise abandonnée. La gorge nouée, des bulles de larmes dans les yeux je me dirige vers la cuisine comme une échéance. Sur le frigo, je remarque à peine le post-it dont je discerne vaguement l’écriture furtive et penchée de ma mère. Quelque chose de bien plus grand s’empare de mon être tout entier, le tortille de haut en bas, n’épargnant aucun recoin, anesthésiant les muscles les uns après les autres. Des chaînes. Elle a posé des chaînes. Sur la poignée du frigo, le cadenas semble s’imposer d’une manière fière et cruelle. Ce n’est qu’à ce moment que les mots du petit bout de papier jaune font soudain leur apparition, perdent de leur transparence et entrent dans mon champs de vision avec une clarté étonnante. C’est pour ton bien. Je n’ai plus le choix. Maman. Mon enfant intérieur se rebelle, crie dans ce corps tout petit, tout petit, que le choix, on l’a toujours, qu’il suffit de le décider. Je sors de cette pièce haïssable pour aller retrouver mon lit qui lui m’accueillera comme il se doit. Les draps m’embrassent, m’étreignent, me disent t’en va pas, ça va aller tu verras. J’éteins la lumière, et m’endors presque immédiatement, dans un sommeil dépourvu de rêves, mais empreint d’une profondeur qui dans toute sa cruauté prends soin de moi.

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Dernière mise à jour de cette page le 25/05/2009

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