Nouvelle 3 : Le paysagiste des jardins du Ciel. (EXTRAIT)
Je ne comprends pas. Je ne discerne aucune forme, aucune représentation géométrique du monde. A mes yeux, les paysages et les bâtiments que je croise en allant travailler flottent dans l’air. Rien n’est stable sur le sol, ni mes pieds, ni cet établissement en bas de la rue, ni mes pensées. Je vogue de gauche à droite comme un voyageur sans domicile. J’ai pourtant un domicile, une vie, une profession. J’ai un chemin déterminé, tracé. Il suffit juste de descendre une seule rue. J’observe les alentours, les gens. J’examine ces vies à l’intérieur de ces véhicules, j’essaye de comprendre leur histoire. Je réalise que les hommes vivent sans percevoir cette profondeur, ce mélange de sentiments et de couleurs. Je vis tous les jours avec cette pensée : Je suis différent. D’autant plus que je suis un homme. Les hommes pour la plupart, ne sensibilisent pas assez la vie. Ils ne regardent rien, ils ont des yeux vitreux. Les femmes ont quand même, certaines, cette faculté de percevoir le monde autrement. Le monde est une étendue tellement vaste et compliquée qu’elles cherchent à exister, à vivre, à rêver. C’est primordial pour elles de colorer leur existence, d’illuminer une rue un peu trop sombre, de redonner vie à une maison démolie. Les hommes et les femmes devraient s’unir dans cette voie. Je privilégie la passion, la musique, et l’amour. Je ne supporterais pas de vivre cloîtrée dans un bureau et de revenir à la maison tous les soirs à la même heure, préparer un repas familial. Je désire une vie simple, mais pas une simplicité comme cela. Je cherche de l’aventure, des souvenirs. Croyez moi, je ne suis pas en train de prôner les coucheries avec n’importe qui. Au contraire, je préfère la présence d’une seule et même personne, mais qui ait la capacité de m’emmener ailleurs que ce que je connaît déjà. Une femme étrange, hors du temps. Une femme qui sourirait à la vie, mais qui n’hésiterait pas à pleurer quand elle n’aurait plus de force. Depuis que je suis jeune, j’ai toujours eu du succès avec les filles. J’ai un visage délicat, disent-elles, et un regard séducteur. Je suis sorti avec quelques unes d’entre elles, joueuses et pleines de vie, et intéressantes, mais je suis étonné de dire aujourd’hui que je n’en ai réellement aimé aucune. Et pourtant, je succombe facilement, si on utilise mon cœur d’une certaine manière. Alors je descends les rues avec l’espoir de croiser un regard nouveau. Je ne suis pas triste dans la vie, mais je suis déçu de me sentir seul face à cette rêverie extravagante, un peu folle. Sachez que ce sentiment mène forcément à la mélancolie ou à la nostalgie, à force de percevoir de cette façon. Sans pour autant avoir de graves problèmes personnels, on peut éprouver une large insatisfaction puisque la réalité est évidemment autre. Elle est plus cassante. Elle est trop violente. Et je ne discute pas ainsi d’un souci qui ne parle qu’à ma personne. C’est un problème universel, qui parle à tous. Il ne s’agit pas d’une réfutation à la vie réelle, mais à une ambition encore plus forte de pousser la vie à son extrême.
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