Partir / 3ème partie

Je ne mets pas tout d'un coup, c'est mieux pour laisser un petit suspense. Même si ce n'est pas ce qui m'importe le plus; en fait.

La remise des prix est en octobre, l'édition en mars 2010, donc j'avoue que je saurais si je suis prise ou non, dans longtemps. Ce qui est bien, c'est que je serais prévenue de toute façon , parce que je recevrais la totalité des nouvelles qui auront été choisies =].

 


PARTIR, 3 ème Partie

 

 

Lorsque je le vis, mon cœur s’arrêta. Je posais ma valise un instant, sans même prêter attention aux gens pressés qui me bousculaient, soucieux de manquer le départ du train. Je voulais l’observer, comprendre cette position si singulière qui lui appartenait avant qu’il ne m’aperçoive. Sa tête était baissée vers le sol, et il se tenait d’une manière amusante contre l’un des poteaux du quai. Ses bras étaient croisés contre son torse, et il semblait dormir paisiblement, avec légèreté. On ne lisait aucune angoisse, aucune nervosité dans ses traits - que j’aurais pu redessiner de ma main. Il attendait, tout simplement. Comme si la décision de tout quitter était aisée, quotidienne et dépourvue de questionnements. C’est en détaillant tout son corps que je revins à la réalité. Le contraste entre nos attitudes était trop grand. Mon cœur se remit à battre, si fort que je l’entendis cogner contre ma poitrine. J’eus soudain un vertige incontrôlable. En un instant, le sol parût s’enfuir en dessous de mes pieds, et j’en eus le souffle coupé. Mes genoux tombèrent, entrechoquant au passage ma valise qui tomba sur le côté, et mes mains se plaquèrent automatiquement contre ma bouche, pour m’empêcher de vomir. J’avais l’habitude de ces crises d’angoisse, qui retiraient à mon corps tout l’oxygène dont il avait naturellement besoin. Puis, brusquement, il me repéra. Ce n’était pas si étonnant étant donné le rassemblement qui s’était formé autour de moi depuis ma chute. Les voyageurs chuchotaient, en un brouhaha inaudible, partagés entre inquiétude et agacement. En effet, je bloquais toute la voie et je mis du temps à me rendre compte qu’on me posait des questions depuis quelques minutes. Ma vision était floue mais elle se rétablit lorsque j’entendis une voix familière : «  C’est bon. Continuez votre route, je m’en occupe ». Il se pencha vers moi, me tendit sa main que je pris instinctivement. J’avais retrouvé mes sens, mes pensées récupéraient peu à peu leur consistance, et mon cœur ne battait plus aussi fort. Je pensais qu’il allait m’enlacer, caresser mes cheveux comme à son habitude et me réconforter. Il connaissait mes troubles, et savait que sa présence suffisait à les calmer. Pourtant, il n’en fît rien. Il prit mon visage entre ses mains et me regarda droit dans les yeux :
- Ne me dis pas que tu renonces, Elise, dit-il avec sérieux.
- Non ! Non ! Je ne renonce pas ! J’ai juste eu un coup … d’effroi. Si tu m’avais vu il y a quinze minutes, tu serais convaincu de la joie que je ressens et de ma volonté. Je te le promets.
- C’est vrai que tu es professionnelle en ce qui concerne les sautes d’humeur, affirma t-il en un demi sourire.
Il s’écarta et emprisonna ma main, comme si j’allais m’échapper d’un instant à l’autre. Nous reprîmes nos bagages respectifs avant d’escalader les escaliers de la porte seize, en troisième classe. Nous étions tellement en retard que nous eûmes à peine le temps de nous installer que le train démarrait déjà. Les hauts parleurs annonçaient que nous arriverions à destination dans trois heures tout en précisant que les cigarettes étaient interdites, et que le Bar était à disposition dans le compartiment quatorze. Noah soupira de soulagement et me fît un grand sourire.
- Tu as aussi peu confiance en moi, demandai-je avec déception, tu crois réellement que je vais m’échapper ?
- Tu peux toujours le faire.
- Ah ? Et comment, maintenant que le train vient de démarrer ? En sautant par la fenêtre peut-être ?
- Tu en serais capable, ricana mon compagnon.
Je le regardais avec tellement d’éclairs dans les yeux qu’il me détendit :
- Je plaisante !. Disons que l’ on est jamais sûr de rien. Et renoncer à ce projet ne m’aurait pas fait seulement souffrir. Tu aurais souffert aussi.
- C’est vrai, admis-je.
Il était tellement calme que j’avais du mal à ne pas m’agiter. J’aurais voulu inverser les rôles au moins une seule fois, pour qu’il comprenne que je n’aimais pas attirer l’attention. Je n’aimais pas l’extravagance quand elle était le résultat d’une souffrance. J’enviais Noah pour cette maîtrise qu’il avait acquise dès l’enfance, après la mort de sa mère. Il ne retenait pas ses émotions, mais il avait un don pour canaliser son énergie, et pour relativiser les situations, même les plus houleuses. Il voyait toujours plus loin pour ne jamais s’arrêter en chemin, sans perdre une seule miette de sa vie, sans perdre la moindre minute. Je m’étais souvent demandée pourquoi il m’aimait, tellement cette force qui l’habitait était chez moi une carence. J’étais nerveuse, insomniaque, préoccupée. Et pour des choses qui ne valaient pas un sou contre son vécu à lui. Je me sentais coupable de ne jamais me sentir vivre, alors qu’il mettait tant d’entrain à le faire, lui.
- A quoi tu penses ? me demanda t-il, curieux.
- A toi.., avouais-je.
- Voilà, qui est intéressant ! dit-il avec humour. Puis-je te poser une question ?
- Bien sur.
- En quel honneur ? dit-il en désignant ma robe.
- Je te rappelle que nous sommes mineurs. Je te rappelle que nous partons en Italie, et qu’il nous faut une permission de sortie de territoire qu’on ne possède pas. C’est ma mère qui l’a détient, et j’ai fouillé partout, rien à faire. Alors je compte bien user de mon charme au cas où quelqu’un nous tombe dessus.
- J’ai hâte de voir ça, se moqua Noah, qui savait aussi bien que moi que la séduction ne faisait pas parti de mon quotidien.
Malgré notre détermination, je craignais un imprévu survenant de nulle part gâchant notre escapade. Je pensais à tout. Le lycée appelant ma mère à son travail pour lui narrer que sa fille était encore une énième fois absente. Mon père rentrant à la maison plus tôt pour découvrir le mot de fugue que j’avais lâchement laissé sur la table de la cuisine. Un voisin réveillé par l’arrivée du taxi tôt ce matin. Au fur et à mesure que le temps passait, je parvenais à me convaincre qu’on y arriverait peut-être. Sans doute n’y aurait il aucun obstacle cette fois ci.

Noah et moi vivrions une vie différente et particulière. Une vie que le sens commun aurait qualifié d’enfantillage. Une vie que nous qualifions pour notre part de délivrance. Obnubilée par mon imagination débordante, je ne vis pas immédiatement que le contrôleur se tenait à deux sièges de notre emplacement. Noah me donna un petit coup de coude, et je compris qu’il était temps pour moi de jouer le stratège. Je n’aimais pas le mensonge, la feinte et la manipulation. Mais les scènes de théâtre me passionnaient à tel point que j’appréciais le fait de me glisser dans des personnages aux caractères extrêmes, surtout lorsque leur personnalité était opposée à la mienne. C’était bien plus amusant de sentir que pendant un instant, on pouvait être tout autre. Oublier nos manies, nos défauts, notre essence ne serait-ce qu’un court moment était magique. On eut la chance tout de même que le contrôleur soit un homme, sinon il aurait fallu que Noah me remplace, et je doutai qu’il acceptât.
- Vos billets, s’il vous plait, me dit-il d’un ton las.

 

 

 

 

La suite bientôt, pour vos petits yeux =]

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Dernière mise à jour de cette page le 07/02/2009

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