Sarah(extrait)
Ses doigts étaient collés aux touches. Elle ne pouvait plus les décoller, Elle sentait encore les vibrations magiques du morceau qu’elle venait de jouer. Sarah était pianiste depuis son plus jeune âge. Elle se souvenait encore de son coup de foudre pour le piano. C’était il y a dix ans maintenant. Sarah était au collège, et ne connaissait alors rien au classique ni au Jazz. Elle ne savait pas ce qu’était le solfège, même pas la simple gamme de Do. A cet époque, la jeune fille était très solitaire, pas rejetée des autres qui la trouvaient même très gentille et jolie, mais Sarah aimait être seule avec elle-même, ça l’aidait à méditer, à avoir une vision plus proche de ses pensées, et non influencée par son entourage. Pourtant, l’adolescente était très souriante, n’était pas souvent morose, ou mélancolique, et profitait de tous les instants qu’elle pouvait savourer. Puis, un jour, alors qu’elle était assise par terre dans une salle de classe à travailler tranquillement, elle entendit un son particulier qui l’empêcha de continuer ses exercices d’anglais. Un son lointain, qui semblait pourtant si proche qu’elle se leva et colla son visage contre le mur pour mieux l’entendre, mieux le comprendre. Sarah avait le souffle coupé, le cœur serré, tellement la mélodie faisait écho à tout ce qu’elle pouvait ressentir, à sa sensibilité qu’elle ne pouvait alors cacher. Frustrée de ne pas en savoir davantage sur l’acteur de cette merveille, Sarah sorti dans le couloir désert du Bâtiment E du collège. Le bâtiment E n’était composé que de salles vides pour permettre aux étudiants de travailler, et de quelques pièces où l’on pouvait jouer de la musique ainsi que lire toute sorte de documents, de romans, ou même de poèmes. Sarah restait souvent au collège après ses heures de cours, pas parce qu’elle aimait travailler, mais elle évitait ces temps ci de rentrer chez elle, pour des raisons personnelles, que j’ignorais également.
La porte était entrouverte, laissant un mince filet de lumière passer. Sarah, toute frissonnante d’émotion et de plaisir, posa délicatement son œil dans l’entrebâillement de la porte, et y vit alors un jeune garçon de dos, qui semblait éperdument attaché à l’univers de son morceau. Les notes étaient frêles, quelques fois fortes, d’autres fois douces, mais gardaient une profondeur qui faisaient toute l’intensité du morceau. Sarah entra, portant ses livres à bout de bras, les yeux écarquillés, et s’assit par terre à côté du piano, où le garçon ne bougea pas d’un cil. Concentré, presque trop sérieux, il ne fit pas attention à l’adolescente. Mais elle s’en moquait. Tant qu’elle pouvait continuer à écouter cette mélodie harmonieuse encore et encore, elle était prête à se transformer en fantôme ou à devenir invisible aux yeux du jeune homme. Lorsque la fatale dernière note retentit, aucun des deux collégiens ne prononça un seul mot. Puis, sans prévenir, dans un mouvement presque robotique, le prodige se leva, sans regarder une seule fois Sarah en face. La jeune fille n’eut pas le temps de l’apercevoir passer le pas de la porte, il était déjà dans le couloir. Le temps qu’elle reprenne ses esprits, elle réalisa la situation et courut très rapidement pour le rattraper, et lorsqu’elle le vit de loin, elle ne put que crier :
« Attends ! » « Attends ! Comment tu t’appelles ? Où as-tu appris à jouer du piano ? S’il te plait, réponds-moi c’était vraiment beau… »
« Cela ne te concerne absolument pas. » répondit-il froidement, sans que l’on puisse percevoir la moindre faiblesse dans le ton de sa voix.
Puis il partit, comme s’il ne s’était rien produit, laissant Sarah dans une désillusion si forte que quand elle prit le métro pour rentrer chez elle, on voyait encore sur son visage une sorte de tristesse sans nom, une tristesse qui se promène sur les visages sans que l’on puisse en comprendre l’origine. Sarah adorait les figures charismatiques. Les gens qui se distinguaient de la masse humaine. Elle aimait les histoires peu habituelles, les gens intérieurs qui avaient plusieurs secrets à dévoiler. C’est pour cela que je ne comprît jamais pourquoi elle voyait en moi une amie différente des autres. Je me trouvais contrairement assez typique, assez « normale » si on peut considérer le mot même de normal comme tel. Je l’admirais, lui trouvait un charme mystérieux. Sarah ne parlait pas beaucoup d’elle, mais sa nature dégageait une sorte de fraîcheur, et ses yeux étaient toujours réceptifs et rassurants. Je l’aimais vraiment. Ses étreintes amicales étaient chaleureuses. Elle aidait les gens sans prononcer le moindre mot.
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1. CanellStory Le 17/12/2008 à 15:08
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